241 ans plus tard : un avis juridique réaffirme ce que le Brésil colonial savait déjà au sujet des loteries municipales.

Par une remarquable coïncidence, comme l'histoire nous en offre parfois, le jour même où l'on commémore le 241e anniversaire du premier tirage de loterie municipale au Brésil et le 37e anniversaire de la promulgation du nouvel ordre constitutionnel brésilien, le 05 octobre 1988, un avis juridique solide a été déposé par le Dr Paulo Horn. Ce document, commandé par l'Association nationale des loteries municipales et d'État (ANALOME), non seulement confirme sans équivoque la pleine légalité de la création de loteries par les municipalités, mais met également en lumière la profonde ironie d'un débat qui se tient encore aujourd'hui, plus de deux siècles plus tard.
L'histoire nous apprend que, les 5 et 6 octobre 1784, la Chambre municipale de Vila Rica, aujourd'hui Ouro Preto, organisa le premier tirage au sort municipal du Brésil colonial. L'objectif était pragmatique et direct : trouver des sources de financement alternatives pour la construction du nouvel hôtel de ville et de la prison. Une solution d'intérêt local, à un problème local, approuvée par les autorités locales.
Aujourd'hui, 241 ans plus tard, au XXIe siècle, en 2025, les municipalités brésiliennes sont encore contraintes de solliciter une validation juridique pour exercer une prérogative qui semblait pourtant plus claire au XVIIIe siècle. C'est dans ce contexte que l'avis du Dr Horn fait jurisprudence.
Le document, déposé ce jour, expose clairement la décision du Tribunal suprême fédéral (TSF) qui, en 2020, dans ses arrêts ADPF 492, 493 et ADI 4986, a mis fin à l'idée d'un monopole de l'Union sur l'exploitation des loteries. L'arrêt réaffirme que la compétence de l'Union, prévue à l'article 22, XX de la Constitution, est exclusivement de légiférer sur les règles générales des loteries et des jeux collectifs, y compris le bingo, et non d'empêcher les Länder et les communes d'exercer cette activité en tant que service public. C'est là la distinction fondamentale entre la compétence législative (définir les modalités des loteries) et la compétence matérielle (exploiter les loteries).
L'ironie est flagrante. Alors qu'en 1784, le gouverneur de la capitainerie de Minas Gerais n'avait besoin que de l'autorisation du conseil municipal, aujourd'hui, les gestionnaires municipaux doivent obtenir des avis et des décisions complexes de la plus haute juridiction pour faire la même chose : « financer des programmes d'intérêt local ».
L'avis souligne que l'exploitation d'une loterie est un service public et qu'empêcher les municipalités d'accéder à cette source de revenus contrevient au pacte fédéral et au principe d'égalité entre les entités fédérées. Selon les propos du ministre Gilmar Mendes, cités dans le document, les lois municipales instituant des loteries « ne font que transmettre une compétence matérielle qui leur a été conférée par la Constitution ». Autrement dit, elles ne créent pas un nouveau droit, mais exercent simplement un droit existant.
En outre, le ministre Gilmar Mendes ajoute : « …à mon sens, il s’agit d’un véritable abus de pouvoir législatif lorsque l’Union utilise l’article 22, point XX, pour exclure toutes les autres entités fédérées des recettes qu’elles perçoivent, ou pour les restreindre de manière déraisonnable et inégalitaire, empêchant ainsi l’accès à des ressources dont la destination est, selon le texte constitutionnel, destinée au maintien de la sécurité sociale, conformément à l’article 195, III, de la Constitution fédérale de 88… »
Qu’est-ce qui a changé en 241 ans ? La nécessité de financer les projets publics essentiels demeure. La quête d’autonomie fiscale pour les municipalités est peut-être même plus pressante. L’opinion du Dr Horn, en cette date symbolique, nous rappelle que la solution trouvée par Vila Rica en 1784 était non seulement ingénieuse, mais aussi parfaitement légitime au regard de l’organisation politique et administrative de l’époque.
Aujourd'hui, la légalité des loteries municipales n'est plus une question d'opinion, mais un droit constitutionnel confirmé par la Cour suprême fédérale. Le combat, né de la nécessité de construire des bâtiments publics dans la ville de Vila Rica, dans l'État du Minas Gerais, s'est mué en une lutte pour l'affirmation de l'autonomie municipale dans tout le Brésil. L'arrêt rendu le 5 octobre n'est pas un simple document juridique ; il établit un lien entre le passé pragmatique et l'avenir autonome de nos municipalités.
(*) Ana Paula Gatti, avocate, spécialiste des jeux et des paris, membre de la Commission du droit des jeux de l'OAB-RJ, conseillère fiscale d'Analome, directrice des opérations d'Abrabincs, ancienne secrétaire générale de la Commission pour l'égalité raciale de l'OAB SP, directrice administrative d'IBD, diplômée en technologie et science des données de l'UFMS.


