L’effondrement annoncé du football brésilien : quand le gouvernement pourrait devenir l’ennemi du sport.

Le football brésilien, la plus grande expression culturelle et émotionnelle du pays, est au bord d'un effondrement silencieux, et peut-être irréversible.
Depuis des décennies, nos clubs luttent pour échapper aux difficultés financières, cherchant des modèles durables dans un contexte d'instabilité économique et d'histoire de mauvaise gestion.
Ces dernières années, nous avons toutefois assisté à une véritable transformation. L'afflux de nouvelles recettes, alimenté par la professionnalisation du secteur et le sponsoring des sociétés de paris sportifs, conjugué à la réussite de certaines SAF (Société Anonyme du Football), a ravivé les espoirs de stabilité. Mais tout cela risque de s'effondrer face aux menaces de nouvelles restrictions publicitaires et d'une augmentation des taxes pesant sur le secteur des paris dans le pays.
Le scénario est celui d'un chaos imminent. La simple mise en œuvre de ces mesures entraînerait l'asphyxie financière de tout un écosystème qui fait vivre non seulement les clubs, mais aussi les journalistes, les plateformes, les entraîneurs, les jeunes athlètes et des centaines de petites entreprises liées au monde du football. Sans les revenus des paris, qui représentent aujourd'hui la majeure partie du budget de la grande majorité des clubs, ces derniers se retrouveront une fois de plus au bord du gouffre : effectifs démantelés, salaires impayés et dettes qui s'accumulent.
Les progrès durement acquis, tels que la transparence de la gestion, la professionnalisation et l'internationalisation des marques, pourraient être anéantis d'ici quelques mois.
Le secteur devra trouver un nouveau segment pour absorber ces parrainages. Qui sait, on pourrait assister au retour de parrainages publics opaques, comme ceux de la CAIXA dans les années 90, qui avait subi des pressions politiques pour parrainer l'équipe A ou l'équipe B.
Et les supporters, toujours passionnés et exigeants, continueront d'exiger des résultats. Mais comment peuvent-ils rivaliser lorsque les investissements sont coupés ? Comment peuvent-ils attirer les joueurs, entretenir les infrastructures, ou même participer dignement aux tournois continentaux, si leur principale source de revenus est supprimée par un modèle gouvernemental qui perçoit le secteur uniquement comme une opportunité de lever des fonds, et non comme un moteur économique et social ?

Ces dernières années, plusieurs équipes brésiliennes ont brillé sur la scène internationale. La Coupe du Monde des Clubs, qui s'est tenue cette année, en est un parfait exemple. Flamengo, Botafogo, Fluminense et Palmeiras ont affronté des clubs européens. Bien qu'elles n'aient pas atteint la finale, elles ont offert un beau spectacle à leurs supporters. Et quel point commun ont tous ces clubs brésiliens ? Ils sont tous sponsorisés par des sociétés de paris sportifs.
L'erreur réside dans une vision et, surtout, dans un raisonnement économique erroné. En étouffant le marché réglementé par des taxes disproportionnées et des barrières publicitaires, le gouvernement ne protège personne. Dans les faits, il pousse les joueurs vers le monde souterrain des plateformes illégales, où règnent l'incontrôlabilité, la sécurité et l'absence de recettes fiscales. Les externalités négatives ne feront que s'amplifier : fraude fiscale, blanchiment d'argent, pertes d'emplois formels et affaiblissement d'un secteur qui s'était imposé comme l'un des piliers du divertissement national.
Il est important de rappeler que les déclarations publiques du SPA (Secrétariat aux Prix et aux Paris) font état de plus de 18 000 sites web illégaux déjà bloqués, une opération qui représente une véritable perte de temps. Il convient de souligner qu'il existe 18 000 sites illégaux contre seulement 180 sites légaux, soit 99 % contre 1 %.
Le discours sur la protection de la santé est flou. Les experts indiquent que cette protection repose sur la réglementation, l'attention, le contrôle et la surveillance. Or, seul un marché réglementé peut garantir une prise en charge adéquate des parieurs. En cas d'externalités, il est impératif de les atténuer. Ignorer leur existence est la voie royale vers le désastre. Les opérateurs de jeux illégaux se moquent éperdument des parieurs. Leur seul objectif est le profit. Les acteurs du marché réglementé sont tenus de respecter les règles, d'effectuer une vérification KYC lors de l'inscription et d'accepter les dépôts uniquement si le PIX (système de paiement instantané brésilien) est réalisé avec le même CPF (numéro d'identification fiscale brésilien) que le parieur. Quant au marché illégal ? Il suffit de saisir une adresse e-mail (même fictive) pour commencer à parier.
Avez-vous remarqué la différence ? Comprenez-vous où se situe le problème ?
La vérité est dure, mais simple : sans équilibre fiscal, il n’y a pas d’avenir durable. Le gouvernement doit comprendre que le football (et les paris qui l’entourent) ne sont pas des ennemis à punir, mais des partenaires stratégiques dans un projet de développement économique. Détruire ce mécanisme revient à condamner l’un des rares secteurs qui unissent encore le pays autour d’une passion commune.
Un autre secteur pourrait prendre le relais des paris sportifs ces dernières années dans le domaine du football, mais si cette transition tarde, le chaos s'installera. Dès lors, d'où viendront les ressources nécessaires l'an prochain pour assurer la pérennité du football si les entreprises sérieuses et réglementées du marché sont contraintes de réduire leurs investissements, voire de suspendre leurs activités ?
Si ces mesures sont mises en œuvre, le football brésilien ne s'effondrera pas par manque de talent, mais par manque de vision.
Tout comme un bébé qui apprend à marcher, le secteur des jeux d'argent a besoin d'ajustements. Il est nécessaire d'accorder une plus grande attention au jeu responsable, aux questions de santé, etc. Mais c'est normal pour un secteur réglementé depuis seulement dix mois. À l'instar d'un bébé qui apprend à marcher : s'il tombe, il doit se relever et réessayer. Un bébé n'apprend pas à marcher seul, par la seule correction. Il a besoin d'éducation, d'enseignement, d'attention et de soins…
Et lorsque le coup de sifflet final retentira, le tableau de bord de l'irresponsabilité gouvernementale affichera ce que tout le monde sait déjà, mais que peu osent dire : c'est l'État qui a marqué contre son camp.
(*) Amilton Noble est un spécialiste des loteries et travaille dans ce secteur depuis plus de 30 ans.


