L'avis de Folha de S.Paulo : Jouer avec la loi.

Par 14 voix contre 12, la commission sénatoriale de la Constitution et de la Justice a approuvé un projet de loi autorisant l'exploitation de casinos, le jogo do bicho (une forme de loterie) et d'autres jeux de hasard. Seules l'approbation de l'assemblée plénière et la signature du président sont nécessaires pour que le texte entre en vigueur.
Comme l'indique le score, le projet rencontre une opposition considérable, allant des partisans de Bolsonaro et des membres du PT aux voix de la société civile.
Il existe deux principaux arguments contre les jeux de hasard : celui lié à la santé (plus d’occasions de jouer augmentent la prévalence des comportements compulsifs) et celui lié à la sécurité publique (l’association entre les jeux de hasard et les activités criminelles, telles que la fraude fiscale et le trafic de drogue).
Ces deux problèmes sont réels, mais les utiliser comme justification pour maintenir l'interdiction de cette pratique semble davantage relever d'une conception moralisatrice que d'une évaluation réaliste de la situation.
Dans le modèle de société libérale où nous vivons, il incombe avant tout au citoyen de gérer ses vulnérabilités. Personne n'envisage de criminaliser la vente de bière à cause de l'alcoolisme.
Un raisonnement similaire s'applique à la criminalité. Les églises se prêtent encore mieux au blanchiment d'argent que les casinos, pourtant il n'est pas question de fermer les lieux de culte ni de supprimer leur exemption fiscale. Légaliser des activités actuellement illégales, comme les jeux de hasard, facilite le travail des policiers intègres en éliminant une source de corruption.
La solution pour atténuer les effets pervers de l'addiction aux jeux d'argent réside dans la réglementation. Les paris devraient être réservés aux adultes ; la publicité devrait être limitée, voire interdite, comme cela a été le cas pour la publicité des cigarettes.
De plus, il est nécessaire de garantir aux personnes dépendantes l'accès à des soins psychiatriques et à des mesures de réduction des risques, notamment en leur fournissant la possibilité de se désinscrire des plateformes. Les jeux d'argent devraient être fortement taxés, comme c'est le cas pour le tabac et l'alcool.
Les campagnes d'information peuvent également contribuer à sensibiliser les personnes intéressées par les jeux de hasard. Si, même en sachant que ses chances de gagner de l'argent sont minimes, un citoyen décide de jouer, c'est son droit.
Éditorial de Folha de S.Paulo.


