Le bureau du procureur général du Brésil soutient que les municipalités ne peuvent pas créer de loteries et demande à la Cour suprême de confirmer cette décision.

Le procureur général de la République, Paulo Gonet Branco, s'est prononcé ce vendredi 10 en faveur de la requête déposée devant la Cour suprême fédérale dans le cadre de l'argument de non-conformité au précepte fondamental (ADPF) 1212. Cette action, intentée par le parti Solidarité, conteste la compétence constitutionnelle des municipalités pour créer et exploiter des services de loterie, une affaire qui touche directement à l'autonomie municipale et à la réglementation des jeux de hasard dans des centaines de villes brésiliennes.
L'ADPF (Arguição de Descumprimento de Preceito Fundamental - Réclamation de non-respect d'un précepte fondamental), rapporté par le ministre Nunes Marques, conteste les réglementations de 12 municipalités brésiliennes qui ont établi leurs propres services de loterie, y compris des capitales comme São Paulo, Belo Horizonte et Porto Alegre.
La compétence constitutionnelle fait débat
Le cœur du débat juridique porte sur l'interprétation des compétences requises pour exploiter les services de loterie au Brésil. Dans des arrêts antérieurs, la Cour suprême fédérale a établi que les États et le District fédéral détiennent le pouvoir matériel d'exploiter ces services, mais que cette compétence ne s'étend pas automatiquement aux municipalités.
Le bureau du procureur général met en garde contre la prolifération anarchique des loteries municipales à travers le pays. L'avis souligne que cette question constitutionnelle exige une solution globale au niveau fédéral, justifiant ainsi une analyse par la Cour suprême fédérale.
« L’assouplissement des critères de territorialité affaiblit la surveillance et le contrôle des activités de loterie, ce qui peut nuire, entre autres, à l’accord fédéral », indique le document du procureur général.
Le bureau du procureur général a également exprimé son soutien à cette demande. Il a fait valoir que le fonctionnement des loteries ne saurait être considéré comme une question d'« intérêt local », soulignant ainsi la complexité du problème.
Le parti Solidarité, à l'origine de la plainte, dénonce une prolifération anarchique de loteries municipales, sans contrôle adéquat du ministère des Finances. Un de ses principaux arguments est que la Cour suprême fédérale, tout en autorisant les États à exploiter des loteries sur leur territoire, n'a pas étendu cette autorisation aux municipalités.
À titre d'exemple, le parti cite le cas de Bodó (RN), où 38 entreprises ont été agréées pour gérer des « systèmes de consortium et de loterie » dans le cadre de la loterie municipale. La municipalité compte en moyenne une entreprise agréée pour 62 habitants.
La plainte soutient que bon nombre des lois municipales contestées autorisent les paris en ligne, démontrant ainsi qu'il ne s'agit pas d'une question d'exploitation locale.
Les autorités municipales interrogées ont affirmé ne pas être au courant des allégations. Certaines ont indiqué que certaines loteries autorisées par la réglementation municipale n'avaient même pas été mises en œuvre sur leur territoire.
Décision du ministre rapporteur
Il est important de souligner que le ministre Nunes Marques, rapporteur de la décision ADPF 1212, n'a pas accordé l'injonction préliminaire contre l'autonomie des communes en matière d'exploitation des services de loterie publique. Dans sa décision, publiée sur le site internet du STF, le ministre a insisté sur l'importance de la question et son impact sur l'ordre social et la sécurité juridique.
« Compte tenu de l’importance de l’affaire et de son impact sur l’ordre social et la sécurité juridique, il est nécessaire d’obtenir des déclarations des autorités concernées, en vue d’un jugement définitif sur le différend, sans préjudice de l’examen à tout moment de la demande conservatoire, compte tenu du risque et de l’urgence indiqués dans le dépôt initial », a décidé Nunes Marques.
Le ministre a lancé la procédure décrite à l'article 6 de la loi n° 9.882/1999, ordonnant que des informations soient recueillies au moyen d'une déclaration du Bureau du procureur général et d'un avis du Bureau du procureur général, dans un délai de dix jours.
Dans le procès, le parti Solidarité cite spécifiquement la législation de plusieurs municipalités, parmi lesquelles São Vicente/SP, Guarulhos/SP, Campinas/SP, São Paulo/SP, Belo Horizonte/MG, Anápolis/GO, Foz do Iguaçu/PR, Pelotas/RS, Bodó/RN, Porto Alegre/RS, Caldas Novas/GO, Poá/SP et Miguel Pereira/RJ, entre autres qui ont déjà créé ou délibèrent sur la création de loteries locales.
La décision de la Cour suprême dans cette affaire pourrait créer un précédent important concernant les limites de l'autonomie municipale et l'interprétation du concept d'« intérêt local » tel que prévu par la Constitution fédérale, avec des répercussions sur l'organisation fédérale brésilienne et la réglementation des activités de loterie.
Déclaration du bureau du procureur général dans l'ADPF 1212 – Loteries municipales


