Vérification des faits BNLData : Le rapport sur les mineurs et les jeux d’argent ignore la différence entre les marchés légaux et illégaux.

L'article « À quel âge les garçons commencent-ils à jouer ? Combien d'adolescents jouent ? Une étude révèle des données alarmantes », publié par Estadão et basé sur une enquête du Front parlementaire mixte pour l'éducation en partenariat avec Equidade.info (une initiative du Centre Lemann de la Faculté d'éducation de Stanford), montre que les garçons brésiliens commencent à jouer en ligne dès l'âge de 11 ans et que près de la moitié des lycéens ont déjà joué au moins une fois. Au total, 27,8 % des garçons et 12,6 % des filles déclarent avoir déjà joué.
Les données sont réelles, elles ont été recueillies selon une méthodologie de recherche dans des écoles de tout le pays, et elles mettent en évidence un véritable problème social. Cela n'est pas contesté.
Ce que le rapport ne dit pas
Le problème ne réside pas dans les données elles-mêmes, mais dans la manière dont elles sont présentées. Du début à la fin du texte, le mot « paris » est utilisé comme synonyme d'un marché unique et indifférencié. À aucun moment le rapport ne mentionne :
⇒ que l’accès par les mineurs est expressément interdit sur les plateformes agréées par le Secrétariat des prix et des paris (SPA) du ministère des Finances ;
⇒ que ces plateformes sont tenues d’effectuer une vérification d’identité par reconnaissance faciale (KYC) , et non pas seulement une auto-déclaration d’âge ;
⇒ qu'il existe un domaine exclusif, .bet.br , créé précisément pour que les parieurs puissent identifier quel site de paris est réglementé et lequel ne l'est pas ;
⇒ que le Congrès lui-même, dans le même ordre d'idées, lorsqu'il décrit le projet de loi « Brésil contre les paris », reconnaît l'existence d'un marché clandestin distinct du marché réglementé — au point de proposer la criminalisation de la promotion des sociétés clandestines par les influenceurs.
Cette dernière contradiction est révélatrice : le texte emploie la catégorie « clandestine » lorsqu’il aborde la publicité, mais abandonne cette distinction lorsqu’il est question du comportement des adolescents. C’est comme si le même marché était à la fois divisé (à des fins réglementaires) et uniforme (à des fins d’alerte sociale), selon ce qui arrange le raisonnement.
La question que le rapport ne pose pas.
Le chercheur interrogé pour le rapport, Guilherme Lichand, affirme lui-même que le nombre de mineurs jouant aux jeux d'argent « devrait être nul », puisque cette pratique est interdite. C'est exact, mais le rapport n'aborde jamais la question évidente qu'il soulève : si le jeu est interdit et que des mécanismes de vérification d'identité existent sur les plateformes agréées, comment ces adolescents y accèdent-ils ?
La réponse la plus plausible – et celle que toute enquête un tant soit peu sérieuse sur le sujet devrait rechercher – est le marché illégal, qui représente aujourd'hui entre 38 % et 44 % du volume total des paris au Brésil. Ce marché fonctionne sans vérification biométrique et, en général, sans autre barrière qu'un simple clic d'auto-déclaration. Le rapport mentionne incidemment que les sites de paris agréés seraient tenus, en vertu du nouveau projet de loi, de se limiter à des « mécanismes d'auto-exclusion » et à une communication institutionnelle – reconnaissant ainsi l'existence de mécanismes de protection réglementés – mais n'établit aucun lien entre ce fait et le problème central.
en quoi est-ce important
En brouillant la frontière entre plateformes légales et illégales, le rapport induit le lecteur en erreur : il supposerait que le problème réside dans le marché réglementé, alors que les faits mêmes cités (biométrie obligatoire, domaine .bet.br, interdiction explicite, mécanismes d’auto-exclusion) démontrent le contraire : la solution passe par un contrôle accru du marché illégal et une meilleure diffusion des informations permettant d’identifier un site de paris agréé , et non par le démantèlement ou la stigmatisation générale du secteur réglementé.
Il ne s'agit pas d'un détail technique. C'est la différence entre un journalisme qui aide le lecteur à se protéger et un texte qui, par omission, entrave précisément cette protection – tout en mettant à juste titre en garde contre les risques d'exposer les enfants et les adolescents aux jeux de hasard.
Ce qui est prouvé dans la pratique
Les données de cette étude ne prouvent pas une défaillance de la réglementation. Elles démontrent plutôt que le marché illégal – sans biométrie, sans vérification d'identité, sans domaine identifiable – est l'environnement où cet accès non autorisé se produit facilement. La bonne approche, d'après cette même étude, consisterait à exiger un contrôle accru des domaines clandestins et à multiplier les campagnes institutionnelles d'information auprès des parieurs (et de leurs parents) afin qu'ils reconnaissent les domaines .bet.br – plutôt que de considérer les paris, dans leur ensemble, comme les seuls responsables.


